Pensée 2
Strasbourg, place de Zürich, 23 avril 2026
Je nourris le monstre de mort
Je prévois un post Instagram de type "photo dump" avec quelques selfies, quelques extraits de vie, quelques memes.
Ces photos, une fois postées, seront ce qu'il reste de moi. Mon héritage numérique. J'imagine la préparation de mon enterrement. Il faut faire une présentation au public. On a besoin de photos. On pioche dans mon compte Instagram.
Ces photos seront pleines de ma mort à l'instant où je clique sur "Poster". Le bouton bleu vivant concentre l'instant et le présent. Il est anodin. On clique dessus et c'est parti.
Mais tout ce chemin entre mes doigts est trompeur. Alors que le post naît, il s'inscrit à la fois dans le flux immortel des données et le flux en pointillé de nos vies qui arriveront chacune à terme. Cette poignée de photos sont un grain de sable d'Internet et un caillou dans l'écoulement de mon temps.
Pour moi, la diffusion numérique des photos (1), leur inscription dans un tout immortel et insaisissable, rend plus palpable la mort qu'elles contiennent, beaucoup plus et de manière beaucoup plus directe que leur expression physique. J'ai dans la poche gauche, en permanence, un monstre fait de milliards de morceaux de mort, de milliards d'inconnus. Je nourris le monstre de mort.
(1) Cela vaut aussi pour les données de manière générale.
